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Artemisia
- Distillerie artisanale

Claude-Alain Bugnon
CH - 2108 Couvet

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Le Val-de-Travers, berceau de l'absinthe


pic_vdt_100x200.jpg Née à Couvet, l’absinthe a parfumé la région du Val-de-Travers de la fin du 18e siècle jusqu’à aujourd’hui. Légalement d’abord, clandestinement ensuite, puis à nouveau en toute légalité depuis le 1er mars 2005. Prochaine étape de son histoire, une Indication Géographique Protégée IGP ?


Autant le dire clairement: le Val-de-Travers est le berceau de l’absinthe. C’est là, à la fin du 18e siècle, que naquit la Fée verte et ce sont les plantes issues de son sol qui, hier comme aujourd’hui, donnent à «la bleue» son amertume et toute la richesse de ses arômes.

De nombreuses légendes sont associées à l'absinthe. Plusieurs personnages ont été cités comme étant les inventeurs de cette boisson mythique, le Docteur Ordinaire, les sœurs Henriods, le Major Dubied, la Mère Henriod, Abram-Louis Pernod pour ne citer que les principaux. 

En 2009, Jacques Kaeslin edite un livre sur les pionniers de l'absinthe et les distilleries de Couvet.   Son fastidieux travail se base sur les archives d'Etat, d'Eglise et des Communes.  Ce livre reprend l'histoire de chaque personnage et recherche leurs véritables liens avec l'absinthe.  Il apparaît qu'un extrait d'absinthe était déjà vendu dans le commerce en 1769 et que le Major Dubied en achetait déjà, c'était probablement une macération.  L'unique certitude que l'on peut maintenant tirer des archives c'est que le Major Dubied créa sa propre marque sous la raison sociale « Dubied  Père et Fils » en 1797 et qu'il payait des royalties à Dame Henriod avant de distiller sa propre recette.  L'absinthe de Dame Henriod était déjà connue comme l'atteste une ancienne étiquette sur laquelle on pouvait lire « Extrait d'absinthe Supérieur, de l'unique recette de Melle Henriod de Couvet ».  Concernant le Docteur Ordinaire, il est arrivé à Couvet en 1767 et il ne faisait pas l'unanimité au sein la communauté. Plusieurs fois la question de son expulsion avait été mise à l'ordre du jour, car il ne respectait pas les décisions des autorités ni les engagements pris.  Si celui-ci était arrivé de France avec la recette d'absinthe distillée, pourquoi n'en trouvons-nous aucune trace en France comme en Suisse ?  Pourquoi le Major Dubied, personne influente dans la commune, ou l'un de ses premiers concurrents des débuts ne lui ont jamais versé de royalties dès l'encaissement des premiers bénéfices de la production d'absinthe ?  S'il n'y a pas de trace historique et pas de royalties payées, c'est que le Docteur Ordinaire n'était pas impliqué dans les débuts de l'absinthe.

 Jacques Kaeslin poursuit ses recherches, mais nous sommes déjà convaincus que la Mère Henriod apparaît comme un personnage incontournable dans la création de la Véritable Absinthe distillée.

  Pourquoi Couvet?

 Et bien, vérifiez le terrain et l'emplacement de Couvet sur Google Maps .  La géographie, le climat et l'altitude montrent que la région autour de Couvet est parfaite pour cultiver beaucoup des plantes utilisées dans la distillation de l'absinthe, spécialement pour la Grande Absinthe (Artemisia absinthium).  Au début du 20e siècle, on recensera, dans la vallée, une quinzaine de distilleries et une quarantaine de cultivateurs.  Comme les régions de Cognac et de Champagne en France, qui ont les meilleures conditions pour cultiver les raisins utilisés dans leurs boissons réputées, la région du Val-de-Travers a les conditions idéales pour beaucoup des plantes utilisées dans l'absinthe. Et naturellement, les distilleries avaient accès aux meilleures et aux plantes les plus aromatiques.

 La renommée de l'absinthe s'est étendue au dix-neuvième siècle dans toute la France et ensuite dans la plupart de l'Europe et des Etats-unis.  Sa très grande popularité est devenue trop importante pour beaucoup, surtout pour les producteurs de vin essayant de récupérer les parts de marchés qu'ils avaient perdues à cause du mildiou qui attaquait leurs vignes. L’absinthe est interdite par le peuple suisse. Les cantons de Neuchâtel et Genève sont les seuls à refuser l’introduction, dans la Constitution, de l’article 32ter prohibant «la fabrication, l'importation, le transport, la vente, la détention pour la vente de la liqueur dite absinthe dans toute l'étendue de la Confédération».  En 1910, l’interdiction entre en vigueur.  Petit à petit, la fée verte fut interdite dans le monde... sauf, dans le cas unique de la Suisse, ou elle survit dans la clandestinité.  De 1910 à 2005, la tradition de l'absinthe Suisse a été maintenue et développée par les « clandestins résistants », ou les artisans du Val-de-Travers.  Certains ont supposé que l'absinthe Suisse est devenue transparente à ce moment, quand les distillateurs clandestins cherchaient à perturber les inspecteurs en faisant croire que leurs bouteilles étaient remplies de vodka, mais nous pensons que la plupart d'entres-eux savaient exactement ce qu'il se passait!

. Un mythe est né, il perdurera pendant tout le 20e siècle, porté par des dizaines de distillateurs ayant planqué leur alambic à la cave ou dans leur arrière-cuisine. Le 1er mars 2005, sur décision des Chambres fédérales, l’article 32ter est abrogé. L’absinthe redevient légale et plusieurs clandestins sortent de l’ombre. Le mythe est peut-être tombé, mais pas la qualité: l’absinthe, la vraie, reste celle du Val-de-Travers.

 

 
 
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